jeudi 26 février 2009

L'Oulipo sauve !

   
Nouveauté à la rédaction, nous avons décidé de devenir lecteurs de ce blog. Ca évitera d'embaucher un correcteur. Et puis on adore se croire dans un réseau social où l'on a plein de nouveaux amis schizophrènes.

Nous nous interrogeons toujours sur la manière de mettre le feu à ce blog. Nous penchons pour le vélodafé, moins violent que l'autodafé, restons tentés par la trotino-mutilation plus scarificatrice mais moins ambulante que la piqûre d''érythropoïétine à laquelle nous songeons également. Le blog doit faire mal et disparaître à coup de sentences définitives, c'est comme ça qu'il peut soigner l'impuissance, rendre heureux, riche et opérer le retour de l'être aimé. Nous remboursons aussi les lecteurs mécontents, il suffit de se présenter devant nos locaux avec le Chasseur français sous le bras et une rose noire dans la main gauche.

* * *

Vous vous souvenez peut-être de cette photographie représentant les membres de l'Oulipo piquée quelque part et publiée sur ce blog il y a peu.

Grâce à la généreuse intervention d'un mécène de la connaissance, nous sommes en mesure de livrer quelques précisions ainsi que la liste exacte des oulipiens présents sur ce cliché pris le 23 septembre 1975 dans le jardin des Le Lionnais, 23, route de la Reine, Boulogne-Billancourt (c'est pas une raison pour aller y jeter vos ordures).
Au centre de la table, André Blavier.

Assis de gauche à droite : Italon Calvino, Harry Mathews, François Le Lionnais, Raymond Queneau, Jean Quéval, Claude Berge.

Debout de gauche à droite : Jacques Roubaud, Paul Fournel, Michèle Métail, Luc Etienne, Georges Perec, Marcel Bénabou, Jacques Bens, Paul Braffort, Jean Lescure, Jacques Duchateau, Noël Arnaud.

Gageons que Jean-Louis F. (notre mécène) n'était pas loin.


Ajoutons-y un zeste de fétichisme : la reproduction de l'autographe de F. Le Lionnais, qui intéressera les grapholipiens.


   
Rappelons que l'Oulipo a un site officiel. Ou prétendu tel. Affaire à suivre.
   
   

mercredi 25 février 2009

Ab imo pectore

   
Du fond de la poitrine de Didier Goux a retenti un cri.

"Et mon lien, bon sang ? J'ai droit à mon lien ! Un blogueur réac est un homme comme les autres !"
 
Du fond de mon coeur, je lui dédie ce billet. La citation est tirée du "Bouclier arverne". Vous l'aurez remarqué, c'est du latin, cela donne un doux parfum "fraternité Saint-Pie-X". On est en famille. C'est ce qu'écrivait il y a peu Dorham, le moraliste

"Finalement, tout le monde est là.
C'est bien...

Nous sommes les héros d'un épisode des
Feux de l'amour sans aucune coupure pub."




mardi 24 février 2009

Le porte-avion avec lequel Julien Coupat noyait ses chats retrouvé !

   
Il l'avait bien caché mais on a fini par le trouver. On s'en doutait que c'était à lui. Le porte-avion, encore une invention des anars !










photo : porte-avion anarchiste
  

Le voiture avec laquelle Julien Coupat effectuait ses hold-up retrouvée !

   
Elle est était mal garée dans la chambre de Jojo, l'affreux Jojo qui ne range pas sa chambre.

On prévient le procureur !









   

Sein sans héros et sain sans ce gong !

    
Vous connaissez ce tag maintenant fameux que me propose Lucia Mel.

1. Avoir un blog
2. Écrire un article relatant ce que vous feriez s’il vous restait 500 euros et 500 secondes à vivre. Vous avez carte blanche, que ce soit en 3 mots ou en 500 lignes, laissez libre court à votre imagination.
3. Relancer la chaîne en invitant 5 de vos amis à répondre à leur tour à la question.
4. Faire référence à cet article et à ces mini-règles afin que l’on puisse tracer tous les participants.
5. Intituler votre article “500 euros et 500 secondes par Votre Nom”

A l'idée du trépas, une seule idée me vient, crier "maman !". Et entrer dans un casino. S'il me reste des jetons, je les lègue à Lucia Mel, mon commissaire politique préféré. Voir la liste des dépravés à qui je refile le tag à la fin du billet.

* * *

Cela n'a rien à voir mais Loïs nous parle du Festival of New French Writing auquel vont participer onze écrivains français. Bernard-Henri Lévy, Marjane Satrapi, Emmanuel Carrère, Marie Darrieusecq, Frédéric Beigbeder, Chantal Thomas, David Foenkinos, Jean-Philippe Toussaint, Abdourahman Waberi, Marie N’diaye, Olivier Rolin...

Des écrivains dont la liste a été générée par un outil dont l'architecture est reprise sur la toile ici ou là. L'Académie française a ainsi fabriqué un générateur de chimère permettant d'exhumer des listes d'écrivains illustres oubliés. On pourra ainsi consulter la liste des immortels vivant en 1804 : 


1 François-Urbain DOMERGUE élu en 1803
2 Nicolas-Louis FRANÇOIS de NEUFCHÂTEAU élu en 1803
3 Roch-Ambroise CUCURRON SICARD élu en 1803
4 Gabriel-Marie LEGOUVÉ élu en 1803
5 André MORELLET élu en 1785
6 Pierre-Louis ROEDERER élu en 1803
7 Jean-François COLLIN d’HARLEVILLE élu en 1803
8 Jean-Sifrein MAURY élu en 1784
8 Michel-Louis-Étienne REGNAUD de SAINT-JEAN d’ANGÉLY élu en 1803
9 Stanislas de BOUFFLERS élu en 1788
10 Hugues-Bernard MARET élu en 1803
11 Henri-Cardin-Jean-Baptiste d’ AGUESSEAU élu en 1787
12 Claude de THIARD de BISSY élu en 1750
13 Jean de Dieu-Raymond BOISGELIN de CUCÉ élu en 1776
14 Jacques-André NAIGEON élu en 1803
15 Gui-Jean-Baptiste TARGET élu en 1785
16 Antoine-Vincent ARNAULT élu en 1803
17 Louis-Marcelin de FONTANES élu en 1803
18 Jean-Gérard LACUÉE de CESSAC élu en 1803
19 Marie-Joseph CHÉNIER élu en 1803
20 Ponce-Denis ÉCOUCHARD-LEBRUN élu en 1803
21 Pierre-Louis LACRETELLE l’Aîné élu en 1803
22 Louis-Philippe de SÉGUR élu en 1803
22 Gabriel-Henri GAILLARD élu en 1771
23 Jacques DELILLE élu en 1774
24 Constantin-François CHASSEBŒUF, comte de VOLNEY élu en 1803
25 Jean-Étienne-Marie PORTALIS élu en 1803
25 Marie-Gabriel-Florent-Auguste de CHOISEUL-GOUFFIER élu en 1783
26 Jean-Baptiste-Antoine SUARD élu en 1774
27 Jacques-Henri BERNARDIN de SAINT-PIERRE élu en 1803
28 Philippe-Antoine MERLIN de DOUAI élu en 1803
29 Jean-François CAILHAVA élu en 1803
30 Jean-Jacques-Régis de CAMBACÉRÈS élu en 1803
31 Emmanuel-Joseph SIÉYÈS élu en 1803
32 Lucien BONAPARTE élu en 1803
33 Jean-François DUCIS élu en 1778
34 Dominique-Joseph GARAT élu en 1803
35 Jean-Armand de ROQUELAURE élu en 1771
36 Évariste de FORGES de PARNY élu en 1803
37 Félix-Julien-Jean BIGOT de PRÉAMENEU élu en 1803
38 François ANDRIEUX élu en 1803
39 Gabriel VILLAR élu en 1803
40 Pierre-Jean-Georges CABANIS élu en 1803

Si l'on compare avec les élus de 1789, on se rend compte que les écrivains bourgeois sont beaucoup plus nombreux. Exit les marquis, les Lamoignon de Malesherbes, les de Rohan Guéménée, exit les robes des Séguiers, les duc de Choiseul, les Jean de Dieu de Cucé. 

Il y a bien un prétendu fils d'épicier, Chamfort, enfant d'une histoire naturelle aurait dit le comte de Buffon. Force est de constater que l'Empire a davantage fait pour l'écrivain bourgeois que la Révolution.

Wikipedia a elle aussi fabriqué son générateur forcément oulipien qui montre bien que l'arrivage de poisson frais est parfois mélangé avec le stockfish. 

Claude Tillier (1801–1844)
Victor Hugo (1802–1885)
Alexandre Dumas (1802–1870)
Prosper Mérimée (1803–1870)
Edgar Quinet (1803–1875)
Charles Augustin Sainte-Beuve (1804–1869)
Amandine-Lucie-Aurore Dupin, baronne Dudevant, dite George Sand (1804–1876)
Alexis Henri Charles de Clérel, vicomte de Tocqueville (1805–1859)
Auguste Anicet, dit Anicet Bourgeois (1806–1871)
Charles Lassailly (1806–1843)
Désiré Nisard (1806–1888)
Émile Souvestre (1806–1854)
Aloysius Bertrand (1807–1841)
Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval (1808–1855)
Jules-Amédée Barbey d'Aurevilly (1808–1889)
Pierre-Joseph Proudhon (1809–1865)
Petrus Borel (1809–1859)
Xavier Forneret (1809–1884)

Pour savoir quels sont les véritables écrivains d'aujourd'hui, voici la fresh but aristocratic list :

Michel Houellebecq
Amélie Nothomb
Patrick Modiano
Marc Levy
Muriel Barbery
Frédéric Beigbeder
Christine Angot
Bernard Werber
Anna Gavalda
Autres (précisez)

A part le dernier (dont on contestera la notoriété et qui a vraiment une tête de minorité visible qui réjouirait Didier Goux), on notera la finesse de l'algorithme, très bien écrit.

 photo  : Oulipo virtuel 

* * *

PS : Voici ma liste de dépravés avérés à qui je donne trois secondes pour répondre : Le Faucon, Nicolas, Les Peuples du Soleil, Cultu et Jean de Laxr.      
   

lundi 23 février 2009

L'envers de Mars et le postérieur de Neptune (1)

     
Quand on se tourne vers notre passé, il semble que nous n’ayons fait qu’échapper aux catastrophes. Au Ve siècle, Alaric a déferlé avec ses Wisigoths jusqu’à nous, nous n’étions rien et avons été épargnés. 

Les inondations, on se souvient ce celles du IXe siècle et du XIIIe car la ville a pensé disparaître corps et bien. 

Les incendies ! Ah... En 976, le doge Pietro Candiano IV était assassiné. Le peuple a brûlé notre palais, la basilique et l’église San Teodoro, plus de 300 autres bâtiments de bois ont subi le même sort. J'avais 28 ans lorsque le Palais a de nouveau brûlé, je me souviens des fumées qui couraient jusqu’au Grand Canal.

Pire encore, la peste noire de 1348 qui a enlevé la moitié de la population. Elle ne cessait de revenir : 1358, 1382, 1413, 1423. On a construit le Lazaret à ce moment-là. On n’en finira jamais...

Venise allait disparaître, les Turcs ne nous avaient-ils pas défaits à Memnos ? J’avais dix ans. D'autres défaites venaient, un an après, à Thasos, trois ans plus tard, à Salonique. 
Lorsque j’étais en ambassade à Constantinople, j’ai été condamné à mort, c’est le Vizir m’a permis d’y échapper mais j’ai croupi quatre ans dans ses prisons avant d’aider à négocier la paix avec le sultan Bayezid Adlî.

Vous le savez, j’étais à Agnadel. Machiavel a dit que nous y avons perdu ce que nos pères avaient mis 800 ans à arracher. Face à nous, une immense coalition allant du Saint-Siège à la Couronne d’Aragon, de Louis XII à Maximilien Ier. Alors que nos conquêtes sur la Terra Ferma s’étaient étendues jusqu’au Frioul entier, le Provveditori in Campo de la République que j’étais se retrouvait prisonnier et emmené en captivité à Paris. Entre 1509 et 1515, nous avons regagné par la diplomatie ce que nous avons perdu par la guerre. C’est bien ce qui m’a fait élire doge.”

Andrea Gritti nous regardait. Il aurait pu ajouter à cette série de désastres celui infligé à mon ancêtre, l’amiral Pisani, en 1379. L’Istrie était tombée aux mains des Gênois et surtout Chioggia. Malamocco, Sant’Erasmo, Loreo sur la Terre Ferme étaient occupées. Venise était assiégée. Moins de deux ans plus tard, la paix de Turin redonnait tous ses privilèges à notre cité. Tous les Vénitiens avaient voulu s’embarquer pour défaire l’ennemi. 

Gritti avait belle allure. A plus de 80 ans , il avait le regard froid de l’homme d’armes, une belle barbe blanche qui adoucissait un peu son allure. On ne l’aimait pas. L’homme de la rue ne lui pardonnait pas d’avoir interdit les jeux de hasard et d’avoir beaucoup joué lui-même, en particulier sur les importations de blé lors de la famine de 1527. Un commerçant habile assurément. Personnellement, j’avais l’esprit plus occupé par une dame galante qui m’attendait non loin de San Marco. Fort heureusement, la République malgré ses efforts n’était jamais parvenue à éloigner ces dames de la Piazzetta. Pour l’heure, il me fallait accorder mon attention à la séance du Consiglio dei Dieci.

Gritti brandissait maintenant un billet qui nous dit-il venait d’une des “bouches de lion” du sestiere de San Marco. Une vulgaire dénonciation mais une littérature ô combien douce à l’oreille d’un juge, ô combien mélodieuse pour qui aime blâmer, condamner et châtier. Le doge était mécontent, on s’en prenait à l’oeuvre commandée au grand Sansovino, deux statues de Mars et Neptune qui devaient bientôt être installées dans la cour intérieure du Palais. L’auteur ne supportait que l’on puisse rendre l’envers de Mars et le postérieur de Neptune avec tant de concupiscence.

Le plus grave, poursuivait le Doge, c’est que ces accusations ont été reprises dans plusieurs sermons par les Mineurs de l’Observance et autres Ermites de Saint-Augustin. Si cela continue, on ne parlera que de cela aux quatre coins de la ville.” Les visages graves prirent une couleur cendre. Personne ne siège au Conseil des X sans avoir plus de quarante ans, aussi le souvenir vieux de vingt-ans de l’acte du 20 mars 1516 est dans la mémoire de chacun. Les sermons fustigeant les blasphèmes attentant à la Majesté divine avaient rempli les églises, les prédications résonnaient sur les campi vénitiens. Frà Timoteo da Lucca, frà Egidio, frà Rufino Lovato, tous étaient bien connus. Ils dressaient le tableau d’une cité abominable, une Eglise pervertie par les monastères féminins, devenus de véritables bordels. La colère divine était en marche, seule la conversion des Juifs pouvait l’apaiser. Le Conseil des Dix avait cédé, la loi regroupant les Juifs dans le Ghetto Novo, une ancienne fonderie désaffectée de la paroisse de San Girolamo dans le quartier du Cannaregio, avait été votée. 

Chacun savait que la vague prophétique pouvait s’enflammer de nouveau, particulièrement si une situation délicate se présentait. Une famine, un désastre militaire, une montée des eaux, un incendie... Dès lors le moindre signe serait interprété. Un signe de croix apparaîtrait dans l’ombre de la lune. Le Doge n’aurait plus qu’à suivre les vêpres avec la plus grande assiduité, sans parler de ses conseillers. Le Doge n’était pas au-dessus de tout soupçon, au contraire. On connaissait ses trois bâtards, en particulier Alvise et Zorzi. Il les avait reconnus, le commerce de blé de la famille était entre leurs mains. Gritti avait eu deux autres bâtards avec une nonne, une certaine Celestina. Il avait beaucoup à se faire pardonner mais jusque là, ses frasques ne l’avaient pas particulièrement indiqué comme un suppôt du vice sodomite.

Les Dix devaient rapidement régler ce problème. Cristina m’attendrait un peu ce soir...
    
photo : fondation mtislav pour la foi
   

lundi 9 février 2009

Adieu Quiloucol, adieu !

    
Je vous écris à l'heure où blanchit la campagne (vous inquiétez pas, c'est un quizz pour les militants de la foi qui ont cessé de lire la Princesse de Clèves). Autrefois, nous avions trois ou quatre billets par jour à lire, au comptoir. Même si une telle fleur ne dure que du matin jusqu'au soir (je vous aide, sans être inscrit au PS, il en pince pour la rose), on s'en délectait. Parfois, une pluie de commentaires s'abattait sur son blog et notre héros parcourait à cheval, le soir, son champ de bataille. Le voilà désormais râlant, brisé, livide et mort plus qu'à moitié, et qui dirait : A boire, à boire par pitié ! 

Stop ! Hugo-lien

Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !

Relisant récemment comme j'ai coutume de le faire quelques grandes pages de la littérature nationale anglo-normande, je tombai sur ce passage tiré du Journal de l'Exil où ce cher H. avoue ne jamais se coucher sans une certaine terreur ; se réveillant avec des frissons, il entend des esprits frappeurs dans sa chambre ; il constate que son état s'est aggravé récemment (sa maison est depuis en vente) : "Il y a deux mois, avant que la Dame Blanche n'eût dessiné son portrait, je n'éprouvais pas cette terreur ; mais maintenant, je l'avoue, j'éprouve l'horreur sacrée".

Réincarnée dans l'esprit enflammé d'un tireur d'horoscope enturbanné, il récitera à celle qui est voilée, histoire de faire tourner la roue, conjurer le pouvoir de de celle qui lui parle du fond d'un rêve, tadadam, sa robe flotte dans les vents.

- Qu'est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ? 
- Je suis Quiloucol, l'esprit des blogs.

Sorry, mais après ça speake suddenly in english, entre les fantômes et les marshmallow, Christie et Poireau pris en photo dans une position compromettante, et toujours ce Quiloucol qui la ramène sur la blogroll...

- Cher lecteur, je suis Quiloucol, l'Atalantiste, l'esprit de ton cher blog. Vous aller m'écouter ? Mille sabord de mille sabord, ectoplasme, cromagnon, amiraux de bateau-lavoir, individou,  ophicléide,  @###!!

- C'est du buzz que je vous fais, un slam de siamois nèg' marrant, unplugged, il y a du riff chez Audine, ça schwingum, ça file yes yes yes, en barbaque, un duo.

Interview exclusive :

"Je voulais une histoire, banale, qui raconte les systèmes de coercition des salariés, me plaindre de ma chute de vélo et replacer l'expression "c'est Hiroshima", qui elle, a vraiment existé.
Tu sais bien, j'aime tout mélanger ..."


             

dimanche 8 février 2009

Che 2 (le retour)

               
Plutôt que de solliciter notre chroniqueur politique habituel, en disgrâce pour ses prises de position petites bourgeoises, ou encore le spécialiste des questions culturelles, récemment mis en examen pour avoir piqué dans le porte-monnaie de sa mère - il s'avère qu'il ne peut être juridiquement condamné quoique ce soit très mal - nous avons confié à notre spécialiste "voyages" la tâche de critiquer "Guerilla", le second opus de Stephen Soderbergh consacré au Che.

Le tourisme politique a le vent en poupe. Plutôt que de vous prélasser paresseusement sur une plage carribéenne, visitez les hauts lieux de la Revolución.  Voilà ce qui peut vous être proposé :

Jour 1: Cochabamba depuis La Paz. Lunch pendant le voyage. Installation à l'hôtel, après-midi libre. 

Jour 2: Départ pour Santa Cruz, repas pendant le voyage.

Jour 3: Départ pour Samaipata et visite des zones de combat de la guérilla le 6 juillet 1966 avec la prise du village et la capture de 10 soldats. Repas et départ pour Vallegrande.

Jour 4: Points de vue de Vallegrande: la blanchisserie de l'hôpital, où le corps du Che fut exposé au public et à la presse, la vieille décharge d'ordures devenue la tombe de masse des guérilleros qui sont tombés dans différentes batailles, et le mémorial érigé au nouvel endroit où l'on pense que le Che a été enterré. Suite vers La Higuera, la ville où le Che a été assassiné. Retour à Vallegrande. 

Jour 5: Départ pour Samaipata, visite de ruines archéologiques et du musée. Nuit à Samaipata.

Jour 6: Départ pour Villa Tunari, installation à l'hôtel, repas et visite de “La Jungla Canopy Park”.

Jour 7: Retour à La Paz city, repas pendant le voyage.

Sans doute moins éprouvant que les 2 heures et 7 minutes du film. On avait entendu dire que le film laissait penser que Debray était pour quelque chose dans la capture du Commandante. La vision proposée est beaucoup plus confuse. Le film portera à votre connaissance quelques faits. Le massacre de la mine d'étain Siglo XX commis un soir de fête indigène (24 juin 1967) qui fit 87 victimes qui voulait faire taire les pétitions ouvrières et l'appui qui se manifestait pour la guérilla. Une guérilla cependant totalement coupée de la population et des mouvements urbains qui auraient pu l'appuyer.

Le film s'ouvre par un écran de télévision. Fidel lit la lettre d'adieu au Che. On connaît la capacité de certains régimes pour fabriquer l'histoire. Si vous doutez de l'authenticité de cette pièce, vous avez tort : la lettre est en vente en ligne... D'une certaine manière, une fois votre ticket acheté, vous n'aurez plus à vous soucier de ce problème de point de vue. On voit à un moment donné le Che écrit dans ses Carnets, c'est dommage mais les scénaristes qui se sont documentés sur la période ont rajouté ce qui manquait. Le principe exactement inverse du documentaire de Richard Dindo.

Vous verrez le Che au combat effectuer un roulé-boulé, lâcher des rafales de son arme automatique. Vous verrez le Che tousser. Benicio Del Toro effectuer une performance, c'est vrai. 

Vous verrez tous les hauts lieux du périple bolivien. Vous saurez tout du Che, même que les scénaristes ont eu une idée : et si on comparaît ses derniers moments avec la fin de la vie de Jésus-Christ ? Tout cela est on ne peut plus exact mais au lieu de donner à réfléchir par l'image, le film accumule les clichés et nous asphyxie. 

Le film se termine sur une image qui est en fait un rappel de la première partie (L'Argentin). Comme s'il s'agissait d'une affaire classée, comme si la boucle était bouclée. Ce que n'évoque pas le film, c'est le sort des combattants qui ont survécu à cette aventure. Ils y en a eu, ils ont témoigné. Eux ne sont pas mis en scène. Le rideau est tiré lorsque le Che est abattu. Contrairement à ce dont est capable la fiction, Soderbergh donne à voir les dernières convulsions. Comme un bon épisode d'Emergency Room. A couper le souffle. Certains ont pensé à John Ford. Le style n'y est pas.

Que cela ne vous empêche pas d'aller voir ça mais n'oubliez pas votre Ventoline.

image : . La Razón
     

dimanche 1 février 2009

Dans la peau d'Ernesto "Che" Guevara

     
Le film de Soderbergh sur le Che ! On a un peu dormi au début et puis après ils ont passé un truc américain. 

Américainiaiserie pour américainiaiserie, j'ai été sur You Tube. Il y a pas mal de choses sur la période en question, on peut faire son marché mais c'est difficile de savoir ce qu'on a dans son cabas. Du remix jusqu'à plus soif avec Nathalie Cardone, on n'y coupe pas. Pratiquement pas de discours de Fidel Castro pour la période des années 60. Comme éclipsé. Assurément, c'est le Che qui tient la vedette. La plupart du temps, on ne sait rien de la source des documents, tout rapport avec elle est gommé. Souvent, on ne sait même pas qu'est-ce qu'on regarde...

D'où l'idée de tenter de replacer trois vidéos dans un certain contexte, puis amorcer une réflexion sur ce que l'on peut voir
 
Le premier épisode du film de Soderbergh se termine au moment où la dictature du général Batista est renversée par les "barbudos", en 1958. 

C'est difficile de résumer cette période, dont le tableau varie radicalement suivant le bord politique des observateurs. Je vous passe la description de Guevara en boucher dont se délectent certains. Et la réponse qui peut leur être faite.

En ce qui concerne le nombre de condamnés à mort par rapport à la population totale, on tombe sur des chiffres comparables à ceux de l'épuration après l'Occupation en France (Pour 38,77 M d'habitants en France en 1944, en retenant le chiffre de 9000 condamnations à mort, ratio de 0,23 ; Cuba, 7,1 M d'habitants en 1959, ratio de 0,07 si on prend la "fourchette basse" de 550 exécutions, 0,28 avec une "fourchette haute" de 2000.

Certains auteurs ont avancé des chiffres sur la répression des années 60 : elle aurait fait 5 000 morts selon Hugh Thomas (ouvrage publié en 1971), 7 000 à 10 000 pour C. Ronsac (Le Livre noir du communisme). 

On sait que le régime se rapproche de plus en plus avec l’URSS jusqu'à ce qu'en juillet 1960 le Che puisse se déclarer faisant partie du camp socialiste. En octobre, les Etats-Unis suspendent toute aide financière suite à la nationalisation de toutes les compagnies américaines (raffinage) avant de rompre leurs relations diplomatiques avec Cuba au début de l'année suivante.

En février 61, Guevara est nommé à l'Industrie, il est aussi membre du Conseil central du Plan. 

13 mars 1961, le président Kennedy propose aux pays d’Amérique latine une « Alliance pour le progrès » pour promouvoir le développement économique et de la démocratie. 

1 / discours de Santa Clara

Le 28 mars 1961, Guevara s'adresse aux travailleurs du sucre dans un meeting à Santa Clara. L'extrait aurait été tourné à cette occasion.

La première image montre un petit panonceau avec la mention "Cuba" comme s'il s'agissait d'une conférence internationale, qui sait si cela n'a pas été rajouté par la suite pour venir en écho avec le propos de l'orateur. Il existe une vidéo avec un plan de coupe sur lequel on voit des représentants du Costa Rica (elle s'intitule "discours sur l'impérialisme"). Le meeting a l'air important, ce qui justifierait ces délégations.

Voilà le Che, il est solennel, le ton est grave.

Le montage superpose l'image d'un monument, j'ai pensé au premier abord qu'il s'agissait d'un monument aux morts. La voix du Che vibre sur le "sacrificar hasta la muerte". Les morts de la Révolution opposés aux morts pour la Révolution. Il s'agit en fait d'une liste de droits, celui à l'assistance médicale, à l'hospitalisation, le droit des étudiants à un enseignement libre, expérimental et scientifique, le droit des Noirs et des Indiens à la pleine dignité humaine, etc. Aucune idée de la durée de la prise de parole réelle, un bout du propos a même été tronçonné. D'autres vidéos sur You Tube présentent des moments différents mais le passage sur l'impérialisme est souvent reprise, lui servant parfois de titre.

Le discours en castillan est sous-titré en portugais (comme me me l'a fait remarquer une éminente blogueuse politique) et en italien, véritablement internationaliste donc. On entend le public à la fin de la période dans laquelle s'est lancé le Che ; c'est au moment où il conclut qu'on ne peut absolument pas faire confiance à l'impérialisme, pas même ça dit-il en montrant son petit doigt. Le geste emporte le public, il faut dire que le Che vient d'évoquer l'assassinat de Lumumba. Il n'a pas l'air de suivre des notes, tout cela s'organise sans doute facilement dans l'esprit d'un soldat dans une citadelle assiégée...  Martial, grave, assez théâtral. On le sent assez tel qu'en lui même dans le "nada !" qu'il promet en serrant le poing à ceux qui voudraient faire un tant soit peu confiance à la puissance impérialiste. Un "nada !" intense et sincère...





L'ambiance ne s'améliore pas. En avril 1961, c'est la tentative de débarquement de la Baie des Cochons. Guevara occupe le commandement militaire de Pinar del Río pendant l’attaque des mercenaires. 
On est sans doute juste après la tentative d'invasion de la Baie des Cochons, commentée à moment donné dans le discours. Le Che fait allusion aussi au mois de juillet, on est donc après.

2 / été 1961 ?

Le cadrage et la qualité de l'image rendent davantage grâce aux traits du Commandante. Il offre une image un petit peu moins guerrière, le discours s'ouvre sur une remarque un peu sarcastique : le Che se moque un peu du public (qui applaudit la réalisation à 100% du plan de production... le premier mois). Pas de notes, parfois l'orateur cherche ses mots. Il parle de son boulot, organiser, faire face aux pénuries, puis très vite on en revient aux relations internationales, "lutter contre l'impérialisme". A un moment donné, le Ché déclenche les huées du public ("Peu importe que en l'absence de Johnson ce soit Goldwater...", tous deux candidats à la présidentielle américaine de 64). Et il sourit, jouit de l'instant et ajoute un petit clin d'oeil au public.





Vers 1963-64, le Che lit avec intérêt l'œuvre du jeune Marx (Manuscrits économico-philosophiques de 1844), écrits sans doute considérés par les communistes comme peu orthodoxes. La vie personnelle du Che est réduite. On sait qu'en mars 64 naît Omar Pérez, fruit de la relation extraconjugale que Ernesto a eu avec Lidia Rosa López...

Il part pour une grande tournée mondiale ; du 20 Mars 1964 au 13 Avril, le Che est à la tête de la délégation cubaine pendant la conférence de l’ONU pour le Commerce et le Développement à Genève, en Suisse. La vidéo qui suit a été tournée à ce moment-là. Il se rend ensuite en France, Algérie et Tchécoslovaquie. Puis, il visite l’URSS du 5 au 19 Novembre et participe au 47ème Anniversaire de la Révolution d’Octobre. A la fin 1964, la direction du ministère de l’Industrie, et ses équipes de collaborateurs seront été dispersées, en semi-disgrâce. ; l'heure du probable désaccord politique avec Castro et le départ de Cuba. 

Puis il se rend en Algérie (22 - 27 fév. 65) où il prononce un discours critique envers les "pays frères" ("Les pays socialistes ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l’Ouest.")

Dans sa correspondance courant 1965, il critique durement le « suivisme idéologique » qui se manifeste à Cuba par l’édition de manuels soviétiques pour l’enseignement du marxisme (voir article signé Nestor Kohan, "Le Che inconnu"). Ce sera l'heure de la disgrâce et du départ de Cuba.

3 / Avril 1964

On peut se demander si le Che a conscience d'être en instance de divorce... Une certaine intimité est palpable, celle que procure l'hôtel intercontinental de Genève. Le Che rencontre un journaliste français qui lit ses questions préparées à l'avance. Des questions qui n'ont pas été soumises par avance, d'où la réponse politique sur la brouille sino-russe. Le réalisme est omniprésent. Le niveau de complexité du discours semble le même que le Che s'adresse à une foule ou à un individu seul. Il semble très détendu. Il est sûr de lui, suffisamment pour avoir accepté un entretien dans une autre langue que la sienne.

On est loin du maquis de la Sierra Maestra...  La voix se perd presque même si le Che utilise le "nous", le "je" s'étiole un peu. Son regard pétille, un sourire apparaît lorsqu'il évoque l'U2 abattu. Lorsque le journalisme demande si il y a des pays mûr pour une révolution de type castriste, le Che répond "Venezuela, Guatemala (...) peut-être il y a d'autres pays où le peuple lutte avec des armes". Est-ce que Cuba aide les révolutionnaire de ces pays, l'adverbe tombe : "moralement seulement". 





Pour avoir un bon aperçu des années d'exercice du pouvoir du Che, voir deux épisodes d'une série documentaire sur le net : épisodes 3 sur 6 et 4 sur 6 (l'anti-impérialisme du Che est illustré par le discours de Santa-Clara, comme quoi même les documentaires se fichent de la chronologie ; le Che lui, confronté à ses propres paroles, ne varie pas). 


4 /Pour s'amuser un peu, Fidel en pyjama... 



      

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