vendredi 29 avril 2011

Blogs : comment multiplier votre lectorat par 100

  
Les lecteurs sont versatiles. Il est parfois difficile d'expliquer les caprices de la fréquentation des blogs. Nous avons interrogé notre service comptabilité. Ginette a fait la communication suivante : "Moi, c'est Gino. Commencez par essayer de retenir le nom de vos collaborateurs !"

Merci à tous les blogueurs qui ont accordé à un intérêt au travail de la rédaction au cours des dernières semaines. Onze mois de vacances sont accordés à l'ensemble de notre personnel pour les remercier de leur travail. Ben, oui : hier, ils ont travaillé.



jeudi 28 avril 2011

Pour des raisons économiques, nous ne publierons plus de billets aujourd'hui.

 
L'affichage vidéo de l'ordinateur de la rédaction est entré en surchauffe. Cet incident que nous avons tout d'abord classé de niveau 2 se révèle au fil des semaines d'une gravité que nous avions sensiblement sous-estimée. Une strie verticale a d'abord attiré notre attention. Au fil des semaines, le nombre est passé jusqu'à 2, ce qui représente une évolution arithmétiquement logique que nous pensions pouvoir maîtriser. Nous en sommes à sept. Chacune possède sa propre teinte. Nous en concluons le matériel de la rédaction pourtant fort récent est entré dans un stade de vieillissement accéléré. Les experts ont décidé de ne plus communiquer sur le degré de gravité de l'incident. 

Ne cédez pas à la panique, la situation est sous contrôle. 

Cependant, dans un premier temps, nous avons décidé de réduire fortement notre activité. 

Considérant le caractère irréversible du phénomène, les prévisions les plus optimistes n'excluant pas l'apparition de stries supplémentaires, de couleurs que nous ne pouvons prévoir, la rédaction est finalement au regret de vous annoncer une suspension momentanée de son activité.

Dans un souci d'économie, nos financeurs nous ont proposé :
1) de renouveler notre matériel informatique dès le moment où seront pris en compte l'impératif de robustesse pour les écrans et où les claviers résisteront aux projections de jus d'orange ;
2) dès que de l'électricité verte serait mise à notre disposition ; tout autre couleur étant envisageable.

La rédaction a décidé de démissionner en bloc. Sauf moi. Tous des dégonflés. Je lance un blog dont la lecture s'affichera dès que la nuit tombe, une constellation de messages s'afficheront dans vos belles soirées d'été. N'oubliez pas de lever la tête et d'éteindre la lumière.

photo : fmplf

Un billet de blog peut en cacher un autre

   
 
photo : fmplf

Catastrophique disparition du classement Blogonez

 
Le classement Blogonez ne répond plus. Il faut tirer la sonnette d'alarme. Une cohorte de blogueurs sont dans l'angoisse. Voilà plus d'un mois - 58 jours - qu'ils attendent dans une situation de détresse indescriptible. C'est une situation dangereuse. Certains blogueurs pourraient se désintéresser de cette forme de compétition. Sans cette compensation symbolique, nous n'osons imaginer les débordements auxquels pourraient s'adonner les blogoteurs. C'est tout bonnement un bon pourcentage de billets qui partent directement à la poubelle car ne vous y trompez pas, nous ne parlerons pas longtemps du classement Blogonez s'il disparaît. J'aurais la fierté d'avoir été un des derniers à évoquer ce sujet en extinction. C'est tout de même une honte à une époque où nombreux sont ceux qui se proclament attaché à la diversité. Oui, le classement Blogonez participait à la diversité. En quoi était-il différent ? Il revenait tous les mois mais on pouvait le consulter tous les jours. Le classement évoluait mais pas trop. On ne comprenait pas bien comment ça marchait mais il était scientifique. Le classement Blogonez était très aimé. 

Melclalex ("A perdre la raison") l'aimait. Aujourd'hui, il ne réagit pas. Il s'intéresse aux primaires. Ouh !

Mango ("liratouva") l'aimait. Maintenant, elle cherche quelqu'un d'autre.

Nicolas ("Au comptoir de la Comète") faisait mine de s'y intéresser. D'ailleurs, quand je voulais consulter le classement, j'allais sur un moteur de recherche, je tapais "Blogonez", je tombais sur un billet de P.M.A. consacré à la chose, toujours le même, à partir duquel je parvenais sur le fameux classement. J'ai toujours eu beaucoup de mal à le trouver ce classement. Je serais un de ceux dont les souffrances seront les moins profondes parce que cela va m'économiser du temps de navigation, je passerais moins au comptoir, etc.

Les peuples du Soleil ont beaucoup prié pour le Blogonez. Ce sont des dizaines de totems, d'effigies aux oreilles cassées et de blocs granitiques lourds de plusieurs tonnes qui ont été déplacées, soulevés avec des techniques dont on peine à comprendre les mécanismes encore aujourd'hui. Désormais, ce sont les archéologues qui creuseront le mystère Blogonez. Les Peuples du Soleil, n'hésitons pas à le dire, sont d'ores et déjà les Champollions blogoneziens.

Quand Nicolas n'en parlait pas au comptoir, il pouvait quand même se laisser aller et en parler sur Partageons l'addiction. Comme je suis en train de le faire, il se cassait le bol et notait un commentaire encourageant (rageant) pour chacun. A Lucia Mel, pour que ses laitues naissent. En ce qui me concerne, je me sens déjà épuisé. Je suis tout prêt d'être un croyant mais un monde me séparera toujours des pratiquants. Le problème le plus embêtant est que beaucoup de blogueurs se jettent sur les articles consacrés au classement mais le simple lecteur lui n'y comprend goutte. Et croyez-moi, lorsque le lectorat a du mal à percevoir le message que vous tentez de lui transmettre, étant considéré comme le spécialiste de ce travers, je peux vous le dire, je vais vous le dire, je vous le dis, c'est triste.

Qui d'autre ? Disparitus a senti venir la chose. Dans son blog geek, il titrait dès le mois de janvier sur les problèmes de retard du Blogonez.

Denis, "Voie militante". Adeptes de pratiques très critiquables. Du genre à ne pas réciter la messe en latin, de ne pas vraiment connaître certains couplets : ils publiaient le classement mais pas tous, du genre, lui, je ne vais quand même pas lui faire un lien ! J'en ai plus rien à faire, Blogonez est mort, je vais dénoncer les pratiques infâmes, les mauvais croyants, les pratiquants paresseux. Je vais faire un bûcher ! Aller me chercher Didier Goux, amenez-moi tous ces In-nocents, on va les reconduire à la frontière du classement ! Ferocias, convoque les tribus !

C'est tout un pan de la recherche en matière de classement qui disparaît. Regardez-moi ça ! Des schémas, des courbes, le Blogonez faisait l'objet de nombreuses publications dans les revues scientifiques les plus cotées. 

Mais c'est sur le plan culturel que les dégâts sont ce qu'ils sont, plus comme avant si j'en crois Alain Finkelkraut et d'autres comme Jules Ferry, Luc Ferry et Corsica Ferry. Le célèbre druide breton Yann Savidan a été attaché à de nombreuses reprises pour avoir chanté le Blogonez. Dazibao, un dégénéré qui soutient la candidature de Nicolas Hulot était capable d'évoquer le Miko et le Blogonez dans un même billet. C'est dégueulasse. Didier Goux, que faites-vous ? (à chanter sur l'air de Maxime Le Forestier, "C'est une maison bleue / adossée à la colline..."). Ah, l'écologie vue du ciel. Voter Nicolas Hulot par réalisme, par le biais d'une analyse rationnelle. Et pourquoi pas par in-nocence si vous voyez ce que je veux dire ? Allez, je veux bien me faire violence. Amenez vos vessies, vos lanternes, voyons de quoi ça à l'air vu d'hélicoptère !

Gabale. Il n'y avait que des tocards dans ce classement ? Nous avons un temps trop long occupé une position éminente dans le classement Blogonez. Nous en parlons en connaissance de cause. Nous étions de nombreux tocards à en faire partie. Ce qui constitue un nombre finalement très réduit. Une raison de ne pas désespérer. Dans le cas contraire, il nous reste Nicolas Hulot. Que Didier Goux et ses Cathares déferlent sur le Miko et la blogosphère retrouvera son innoncence.

photo : château de Quéribus (fmplf)

On recherche la mémé aux chats

 
Un mystère qui n'est toujours pas résolu : qui est véritablement la "mémé aux chats" ? Lancinante question qui me hante depuis des mois...








J'ai bien pensé à elle en arpentant les rues de Cadaquès. Il y a là-bas une autre courageuse personne prenant la défense de ces félins plus ou moins domestiques. Plutôt efflanqués d'ailleurs. Et nombreux. Preuve que son action est efficace. Cela dit, j'ai vu le patron d'un restaurant donner du poisson frais aux mouettes. Et nourrir agréablement les touristes. Protégeons les animaux !

photos : fmplf



Palestiniens et Israéliens attendent leur traître total

 

Tiens, à propos de l'accord Hamas-Fatah... La paix se fera avec les Palestiniens tels qu'ils sont non tels qu'Israël peut les rêver (démocrates, pacifistes, indépendants... tout ce qu'Israël peine à être d'ailleurs). Que les deux factions palestiniennes se mettent d'accord est de toutes façons un préalable à un accord Israël-Palestine. Ce n'est ni une bonne, ni une mauvaise nouvelle. C'est simplement indispensable. La paix commence par la trahison de son propre camp ! Ses héros seront ceux de la retraite.  Petite citation d'un entretien accordé par Javier Cercas au blog de la Quinzaine. Ce que les Espagnols ont fait, les Israéliens et les Palestiniens peuvent le faire ou tout du moins espérons-le. Ce n'était pas si facile de se débarrasser des franquistes, des golpistes (d'autres ajouteront les communistes, les idéalistes !), avec en toile de fond les aspirations à l'autonomie des régions (Catalogne, Pays Basque), voire à  l'indépendance, le terrorisme de l'ETA...

Javier Cercas - "Plutôt que ce terme de retraite que j’emprunte à Enzensberger, je préfère celui de trahison. Carillo trahit l’idéal républicain, les valeurs de la gauche communiste, Gutiérrez Mellado, général franquiste, « démonte » l’armée de Franco et Suarez apparatchik lié au régime bâtit la démocratie en onze mois. Il est le traître total. La trahison est parfois un comportement plus vertueux, plus honnête que la loyauté." 


photo : attentat contre ... ; à vous de deviner ! (la source sera indiquée dans les commentaires prochainement)
   

mercredi 27 avril 2011

"Le pouvoir ? J'adore."

Quand un billet de blog dépasse les 64 pages, il est temps de mettre le "olé !" Notre collaborateur responsable du marbre de la rédaction vient de dépecer "Anatomie d'un instant" de Javier Cercas. On l'a sommé de ne pas en donner un compte rendu. Il insiste. Il a déjà découpé les pièces.

"Voilà l'image ; voilà le geste : un geste limpide qui contient de nombreux autres gestes.
A la fin de l'année 1989, alors que la carrière politique d'Adolfo Suárez touchait à sa fin, Hans Magnus Enzensberger saluait dans un essai la naissance d'une nouvelle classe de héros : les héros de la retraite. D'après Enzensberger, face au héros classique, qui est le héros de la victoire et de la conquête, les dictatures du XXe siècle ont engendré le héros moderne, celui de la renonciation, de la démolition et du démontage : le premier est un idéaliste aux principes clairs et immuables ; le second, un professionnel de la combine et de la négociation qui inspire la défiance; le premier atteint sa plénitude en imposant ses positions ; le second, en les abandonnant, en se sapant lui-même. C'est pourquoi le héros de la retraite n'est pas qu'un héros politique : il est aussi un héros moral. (...) Adolfo Suárez, avait démonté le franquisme. Adolfo Suárez, un héros ?"

Notre collaborateur recopiait l'ouvrage, nous tous étions penché derrière son épaule alors qu'il abordait la page 31.

"Voilà un deuxième geste limpide qui contient peut-être, comme le premier de nombreux autres gestes. Au même titre que celui d'Adolfo Suárez qui demeure assis sur son siège alors que les balles sifflent autour de lui dans l'hémicycle, le geste du général Gutiérrez Mellado affrontant avec fureur les militaires putschistes est un geste de courage, un geste de grâce, un geste de révolte, un geste souverain de liberté. Peut-être est-il aussi un geste pour ainsi dire posthume, le geste d'un homme qui sait qu'il va mourir  ou qui est déjà mort car, à l'exception d'Adolfo Suárez, depuis le début de la démocratie, personne n'a attiré autant de haine de la part des militaires que le général Gutiérrez Mellado qui, à peine la fusillade déclenchée, a senti comme tous les autres dans l'hémicycle que celle-ci ne pouvait se solder que par un massacre et que, à supposer qu'il survive, les putschistes ne tarderaient pas à l'éliminer."

Vous observez la symétrie, le déplacement des pièces, le lot de parties hypothétiques. La plupart des mouvements sensés ont déjà été étudiés. Página 99, une partie espagnole avant la 165, internationale.

"C'est le troisième homme, le troisième geste ; un geste limpide, comme les deux précédents, mais aussi un geste double, réitéré : quand les putschistes interrompent la séance d'investiture, Carrillo désobéit à l'ordre général de se mettre à terre et reste sur son siège alors que les gardes civils tirent dans l'hémicycle et, deux minutes plus tard, il désobéit à l'ordre concret d'un des assaillants et reste sur son siège tout en faisant mine de se mettre à terre. (...)  C'est un geste de courage, un geste de grâce, un geste de révolte, un geste souverain de liberté. C'est aussi, à l'image de de celui de Suárez et de celui de Gutiérrez Mellado, un geste pour ainsi dire posthume, le geste d'un homme qui sait qu'il va mourir ou qu'il est déjà mort : (...) les militaires d'extrême-droite ne haïssent personne autant que lui, qu'ils considèrent comme la quintescence  de l'ennemi communiste." 

Un sacré sujet ce 23 février 1981. Cercas a renoncé au roman qu'il avait pratiquement rédigé. Formule ambiguë qui peut vouloir dire que Cercas a renoncé à un roman qu'il a écrit. Ou non. Le lecteur étudie-t-il sérieusement des propositions aussi absurdes ? L'absurde est une possibilité. Le réel est une possibilité. Si le coup d'Etat mou échoue, ne reste-il pas possible que le coup d'Etat dure ? Cercas comme son nom l'indique entoure, clôture


"Qu'est-ce qu'un pur homme politique ?" se demande-t-il. Un questionnement teinté d'idéalisme  mais un questionnement tout de même plutôt rare de nos jours.  Ce qui n'était pas le cas en 1976, où des magazines adeptes du matérialisme dialectique pratiquaient encore de véritables entretiens. Tout de même ! Ainsi, Paris-Match demandait au jeune président du gouvernement : «Qu'est-ce que pour vous le pouvoir ?» Réponse de Suárez donnée "un éblouissant sourire de gagnant aux lèvres" : «Le pouvoir ? J'adore.» (page 316). Mais lorsque Cercas analyse le "lien indéfectible" entre Suárez et Carillo, la démonstration est forte : "leur notion égotiste du pouvoir, leur talent pour le troc politique, leurs habitudes invétérées de bureaucrates d'appareils totalitaires et leur incompatibilité avec les usages de la démocratie qu'ils avaient créés." 

Le roi, la pièce la plus faible. Qui n'accordera à un duché à Suárez que très tardivement ("rares étaient ceux dans l'entourage de la Zarzuela qui soutenaient l'idée d'anoblir ce parvenu qui pour beaucoup s'était rebellé contre le roi et avait mis la couronne en danger"). Le revêtira de la Toison d'Or alors même que Suárez, touché par la maladie, ne se souvient plus. Ces pièces maîtresses aux noms d'opérettes. Le général Milans del Bosch. Qui plaisante avec le roi à l'occasion d'une visite à la division brunete : "Si je prends encore un rhum-coca, je sors les chars dans la rue" (p. 246). Le général Armada au portrait invincible : "intriguant, prétentieux, fuyant, ambitieux et puritain, libéral en apparence mais profondément intégriste, expert en protocoles, simulations et trompe l'oeil de la vie de palais, il était des manières onctueuses d'un prélat et d'une mine de clown un peu triste." (p. 240) Le lieutenant-colonel Tejero qui ne comprend pas que "la réussite d'un coup d'Etat mou est mille fois préférable à l'échec d'un coup d'Etat dur" (p. 298). Ses tirades mémorables ("¡Quieto todo el mundo!"), son bicorne de la Guardia Civil. Sorti de prison, il se consacre aujourd'hui à la peinture. Un Adolf Hitler andalou resté dans l'oeuf. 

Le "placenta du coup d'Etat", voilà une expression que Cercas utilise à maintes reprises et qui donne son titre au deuxième chapitre. Le premier étant "Epilogue d'un roman". Ce roman de près de 400 pages, ce "brouillon" est donc resté à l'état embryonnaire. Pourquoi ? "Les faits du 23 février possédaient en eux-mêmes cette force dramatique et ce potentiel symbolique que nous exigeons de la littérature". Cercas ne renonce pas totalement à considérer son travail comme "une version expérimentale des Trois Mousquetaires". Le roman n'est pas complètement tué dans l'oeuf.

"Anatomie d'un instant" s'achève sur des considérations plus personnelles. Javier Cercas et son père. L'auteur et l'auteur de ses jours. La coquille se fendille, voilà une histoire. 


photos fmlpf : café Brown Sugar, calle Vigilant, Cadaques ;  maison de Dalí, Portlligat 

vendredi 1 avril 2011

Lisez rouge

  
Une fois n'est pas coutume, la rédaction a embauché un journaliste gastronomique. On le paye en liquide. Il pioche au hasard dans la cave et descend illicco presto ce qu'il en remonte. Il y a quelques jours, il s'est attaqué à un vin d'Italie. Il a eu raison, le bouchon présentait des signes de faiblesse. Quelle surprise ! Ce Gutturnio est un vin rouge pétillant. Le cépage est plutôt exotique : moitié Barbera, moitié Bonarda, tout un programme. 

Comme vous le savez, nous ne vous aurions pas dérangé s'il n'était question de vous délivrer une information utile et facile à digérer : lorsque vous verrez V.F.Q.P.R.D. sur une fiole, comprenez  vino frizzante di qualità prodotto in regione determinata

Notre collaborateur a fini par pondre son billet ; il a collé un post-it sur la bouteille avec ces mots "Lisez rouge, qui pétille". C'est ce qu'on appelle du journalisme engagé.

Sinon vous pouvez vous rabattre sur un Irouleguy suivi d'une bonne aspirine.

   

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