jeudi 31 décembre 2009

2010 : nos voeux en direct du Spitzberg




En mission d'observation ornithologique dans le Spitzberg pour une durée de trois mois, nous ne pouvons que vous souhaiter une bonne année 2010. Un bon chiffre dont il est aisé de se souvenir, un vingt et un dix, le premier étant le double du second et le second la moitié du premier. Une année que nous espérons sans bug spectaculaire, le programme de l'an 2000 légèrement mis à jour devant faire l'affaire. N'oublions pas d'adjoindre un module pour régler le problème de la faim dans le monde, de l'accès à l'eau potable, mettre fin au commerce des armes, à la spéculation financière effrénée, détruire les inégalités et mettre fin au chômage, petits problèmes qui n'ont pas suscité l'intérêt des programmateurs. Gageons qu'en 2010, tout cela sera vite réglé. Les quelques petits bugs apparus entre temps ne réclameront que peu d'attention. De notre côté, nous vous promettons de bloguer moins mais pas mieux. Notre feuilleton sur twitter est pour le moment en sommeil. Nous vous présentons nos excuses pour ne pas avoir informé nos habitués de interruption insupportable du service.

Nous sommes donc en ce moment enchantés par le travail qui nous a été confié ici. Nous marchons de longues heures à travers la toundra pour recueillir les chants nocturnes qui nous ravissent.





                                            




  

mercredi 16 décembre 2009

Outil Miko trends : mtislav buzze plus que Britney et Rachida

  



image : université karl mtislav miko

Les chamans taoïstes tentent de me recruter

  

Suite à mon billet de ce jour, je reçois déjà des propositions . Au secours.

Ecoutez parler le coeur

  

Telle Victorine dans Les Mystères de Paris , je continue ma lecture des blogs en fermant les yeux. Comprendre, n'en parlons même pas. Cela va finir par se remarquer. C'est déjà fait. Mais promis, je vais faire des efforts. Songez à votre commentaire assassin, une désinvolture stigggggggmatisée par Balzac : "Il l'atteignit si furieusement de son poignard qu'il le manqua." Chateaubriand jadis admirait déjà vos saillies :  "Je m'amusais à voir voler les pingouins." Puisqu'il est question du Génie du Christianisme, un petit nom de Dieu en passant. Méfie toi, Seigneur, si tu vas sur les blogs, ton affaire est faite. Tu te fait traiter d'incompétent , paresseux ,  bouffon ,  saulaud,  connard ou con. Certains tentent d'usurper ton identité . Le Ministère International du Rétablissement de Toutes Choses veille pourtant.

Dieu existe pourtant. Tâchons de vous en administrer la preuve.

Dorham a terminé son feuilleton. J'attendais la fin , elle était déjà écrite. J'étais presque le seul à ne pas m'en être rendu compte.

Allez fureter dans la blogroll de Luc . Vous comprendrez ce que peut-être une révélation. Sixmartinis and  the seventh art , etc-iste , Zoë Lucider , Sylvaine Vaucher , la lettre ouverte de M. A. (dont j'adore la première page ),  Un hippopotame n'est pas une table , La République des ivres , Tout va bien, etc. Un mine de diamants . De quoi à ressusciter Johnny.

"Paresse intellectuelle"... On n'a jamais été sourd avec autant d'aveuglement à une vision dont l'acuité approche la cécité. Même M. Poireau se mêle de faire le coup de feu. Je ne comprends rien à son premier paragraphe. Il cite un certain Vidal qui écrit tout comprimé que "le combat pour la liberté a toujours été mené contre la religion". Je vois bien que les flammes du bûcher l'aveuglent, la fumée des sorcières rôties obscurcit la pâle innocence de son âme. Mon ami, s'acharner contre la religion, c'est vouloir être stérile de père en fils (pour paraphraser Alain Headson). Ou mieux, ouvrir la porte d'une main et de l'autre crier "Vive la République" (on doit cette saillie à un auteur inconnu). Ou maugréer en silence et en bas-breton (murmure de Ponson du Terrail).

(les citations sont extraites du "burlesque des écrivains ")

Les preuves de l'existence de Dieu, enlevez le persil de vos oreilles et écoutez-moi bien : 55 abonnés à notre compte Twitter suivent le feuilleton dont nous assurons la parution quasi-quotidiennement. Ca vous éblouit !


"J'ai décidé de ne plus y écrire de considérations "politiques” ou “idéologiques”" écrit Didier Goux à propos de son blog. Une intercession divine n'y suffirait pas. Il nous faut donc croire.


Il a décidé d'ouvrir son journal à la lecture. Nous promet de ne plus perdre son temps en "attaques personnelles, souvent excessives et injurieuses parce qu'écrites “sur le coup”". Alleluia. Une conversion. "Il rentra chez lui, il vit le lit vide, il le devint aussi." Ponson du Terail lui-même sentait bien Sa présence malgré ses absences.


Et je voulais mentionner ce blog-là mais j'ai oublié. Et celui-ci aussi. Tant pis.

photo : source 
   

samedi 12 décembre 2009

Le Bonaventure


Difficile de résister à la force de ce travail de photographe. Le coup de foudre ! Les vastes paysages de montagnes couverts par des ciels lourds et sombres font penser aux photos d'Ansel Adams. Chacune des photos (il y en a plus de 80) recouverte d'un vernis brillant se détache sur un fond blanc mat. Cette exigence a obligé l'auteur - André Bonaventure - a éditer lui-même son ouvrage.

On retrouve chaque lieu avec le sentiment de le redécouvrir. J'ai aimé particulièrement celle du vallon de la Fache, son hallucinante muraille de Baroude. Les vues du Vignemale ou du Taillon évoquent Shrader et les premiers temps de la photographie de montagne. Une montagne qui pour lui est aussi celle façonnée par les mines, les treuils laissés à l'abandon ou les colonnes de touristes sur le Pas de Mahomet à l'Aneto. Depuis presque trente ans que le photographe observe ces vallées, il a saisi des scènes plutôt rares aujourd'hui que ce soit le débardage à dos de mulet ou le pèle porc. Je n'aime guère la photographie animalière, les siennes sont envoûtantes. Il en est de même des voiles de neige ou de glace, de ces roches ou de ces arbres qui montrent visage humain. J'avoue ne pas avoir encore parcouru les textes et ne guère aimer le titre choisi pour l'ouvrage mais celui de mon billet n'est pas meilleur !

La Dépêche du Midi  a consacré un article intéressant au livre et à son auteur. Ils ont photographié la couverture sans enlever le plastique destiné à la protéger. On voit de ces choses de nos jours... A noter que l'auteur partage avec Ansel Adams son goût pour la technique liée à la photo argentique et une volonté d'expérimenter à mi chemin entre la chimie et la peinture.

Pyrénées, Fragments d'éternité. André Bonaventure, préface Georges Del Castillo, textes Pierre Dufayet.

Il vous en coûtera 48 €, port compris, m'a assuré l'auteur ... Vous pouvez le contacter et commander l'ouvrage en écrivant  à andre-bonaventure@orange.fr ou aux Editions Bonaventure, La Bouche, 31160 Juzet d'Izaut.




photo : avec l'aimable autorisation de l'auteur, reproduction interdite. C'est mon bureau, mince !
   

mercredi 9 décembre 2009

20,5 grammes

 

Ca faisait longtemps qu'on rêvait qu'Appas cesse de confondre son blog avec Twitter. Certes, on l'aime lapidaire mais on le rêvait autrement qu'en apnée. Figurez-vous que c'est arrivé. Je ne sais pas pourquoi, je le pressentais avec son billet précédent, une merveilleuse mise en abysme.

Cela n'a pas duré. Les deux billets qui ont suivi totalisent respectivement 73 caractères chacun.

Signalons que la rédaction de ce présent blog, particulièrement inoccupée en cette période, s'est vue confiée la rédaction d'un feuilleton qui paraîtra sur Twouitter ou sur Fliendfeed , nous ne le savons pas encore. Certaines voix ont clairement exprimé leur préférence pour la première des solutions. Nous hésitons encore.

Signalons une information en passant : la crise eschatologique de Hermès qui nous annonce la chute de profundis de notre monde à chacun de ses billets. Carla est moins prolixe mais plus juste.

image : el alma del Ebro 
 

dimanche 6 décembre 2009

Aventures en mer (2/2)

    

Diogo se pencha, pris dans ses bras ce corps qu’il n’avait jamais possédé, plongea son regard intense dans ces yeux. “Je t’attendais, je t’attendais, gémissait-il.
— Je t’aime Diogo,  je t’aime ! murmura-t-elle.
— Oui, il faut qu’on parle Maria.
— Diogo, je suis vraiment désolée...
— J’en suis consciente Maria.


Gordão avait les larmes aux yeux en regardant le 254ème épisode de “Mulheres Apaixonadas” sur l’écran 180 x 126 cm de son téléviseur Luxi-Extra. Miulton avait poussé d’un coup de pied la porte de la cabane faite de bric et de broc et s’était vautré sur le sofa.


“Eteins et écoute intima-t-il. On a tout nettoyé, pas de souci à te faire, le blanc des fauteuils en cuir a été difficile à récupérer. Tu m’en dois une frangin. D’abord, qu’est-ce que tu fous ici ? Tu pourrais t’installer dans l’appart que je t’ai payé à Barra ? ”
— J’suis bien ici, tout le monde me respecte...
— J’ai un boulot pour toi.”


Il lui avait fallu attendre trois heures à Vitória que les bus forment un convoi. C’était la dernière nouveauté, pour éviter les attaques lui avait-on précisé à la rodoviária. L’air conditionné le gelait complètement malgré la couverture jetée sur ses jambes. Il avait envie de fumer, de manger, de se dégourdir un peu les jambes. Mais pas moyen de savoir combien allait dûrer l'arrêt. Au petit matin, il était rendu. L’hôtel Caravelas était composé d’un ensemble de petits bungalows désert à cette époque de l’année. La cuisinière avait fait un quindim et un pao de lo, il se contenta de reprendre deux fois de chacun d’eux, ajourta un guaraná, du café, un peu de fromage avec de la goiabada et compléta avec de la compote d’açai pour équilibrer son repas et ne pas avoir faim trop vite. 


Rômulo vint le chercher comme convenu. Une casquette blanche qui avait vécue sur sa tête, un ventre prospère mais raisonnable, une soixante d’années. Rô le conduisit jusquà la berge et désigna du menton le Guilherme I son bateau. “Faut-y aller à la nage” dit-il. Gordão observa Rô qui rentrait précautionneusement dans l’eau, remontait le courant jusqu’à l’embarcation, un vieux bateau de pêche ventru d’une dizaine de mètres de long. L’eau était boueuse, ça devait grouiller là-dedans. Gordão s’élança en courant. Au bout de quelques mètres, Rô l’arrêta d’un cri. Trop tard, Gordão s’était déjà entaillé les deux pieds... Rô descendit dans la cale et y resta deux bonnes heures à trafiquer le moteur. Gordão en profita pour se désinfecter ses plaies. Enfin, un ronronnement placide monta, un touc-touc-touc faisait vibrer toute l’embarcation en même temps qu’une odeur de gasoil empuantissait la cabine. 




Ils remontaient maintenant le fleuve bordé par la mangrove. Rô lui indiqua le profondimètre : il valait mieux qu’il ne descende pas en dessous de quatre mètres. Puis le fleuve s’élargit. Ils approchaient d’une petite ville où ils accostèrent pour faire le plein. Rô fit un tour dans le village et revint avec deux filles qui portaient des sacs de provision : farine de manioc, quelques légumes, des bouteilles de cachaça et de bière. Tout le monde embarqua pour remonter vers la haute-mer. Gordão avait protesté. Qui étaient ces deux filles ? Ce n’était pas prévu. Gordão finit par se fâcher. Rien n’y fit. Rô se contenta de lui adresser un clin d’oeil. Ils croisèrent quelques bateau qui rentraient de la pêche, Rô fit signe à l’un d’eux à qui il acheta des crevettes et de quoi préparer une moqueca


Après l’embouchure du fleuve, ils suivirent un chenal de navigation marqué de bouées. Puis ce fut une étendue de mer sans aucune terre à l’horizon. Quelques baleines plongèrent à une trentaine de mètres, une plongea sous la coque. La chaleur était telle que Gordão se jeta à l’eau. Rômulo descendit l’échelle de coupée, lui posa une main sur l’épaule. “Mon bon, je vais te dire, ne descend pas à l’eau sans descendre l’échelle. J’avais des amis qui sont partis naviguer par ici. La nuit est tombée, ils ont bu de nombreuses caipirinhas et comme toi, ils avaient très chaud. Ils ont tous plongé pour se rafraîchir. On a retrouvé la trace de leurs ongles sur la coque. Il faut croire que quelques requins citrons ont fini par s’intéresser à eux.” 


La mer était d’un calme extraordinaire mais Gordão avait un peu mal à tête et au ventre. Iracema lui massa un moment le crâne. Gordão s’endormit très vite. Les deux filles riaient avec Rô, se moquant du carioca qui très vite avait eu le mal de mer. Flache Gordão* ! 


(* prononcer flachi goldan ; jeu de mot que le traducteur dans sa lâcheté juge intraduisible mais qui fait pourtant clairement allusion au héros de comic strip américain Flash Gordon)


L’archipel des Abrolhos se dessinait à l’horizon. Le soir tombait lorsque le Guilherme I se glissa entre Redonda et Santa Barbara. Gordão prit la gaffe, se plaça à la proue du navire comme le capitaine le lui avait demandé. Lorsqu’il distingua la bouée au milieu de la petite baie, il tenta de l’attirer à lui. Mais la chaîne ripa sur le bord de la coque. Rô criait depuis la cabine de pilotage, “tire !”, “pousse !”, “tes doigts !”. Gordão finit par comprendre et lâcha tout. La gaffe donna l’impression de flotter quelques secondes puis elle s’enfonça dans l’eau claire. Le profondimètre indiquait 9 mètres 50. Rô lui tendit une paire de palmes avant de s’équiper lui aussi. Pas moyen de prendre les bouteilles, les gardes de la réserve  n’allaient pas tarder à venir les saluer. A sa première tentative, Gordão réussit à descendre de trois ou quatre mètres avant de sentir ses oreilles bourdonner et de perdre la notion de haut et de bas. Il réessaya en se guidant le long de la chaîne de l’ancre, ce qui lui permit de frôler le fond sans rien réussir à distinguer. De retour à la surface, il était au bord de l’asphyxie. Il barbota autour du bateau en sentant le froid qui tombait pendant que Rô effectuait des allers et retours méthodiques autour du bateau. Au bout d’une dizaine de tentatives, le vieux remonta avec la gaffe.


Gordão dormit d’un trait. Le lendemain matin, ils récupèrent le paquet : un petit tonnelet de plastic bleu d’une dizaine de kilos qui était enfoui dans le sable à l’aplomb de la bouée. C’est Rô qui se chargea de l’opération. Gordão pensa qu’il avait bien fait de se faire expliquer le fonctionnement du gps et de la carte. Le bateau semblait facile à manier. Il avait un quand même un doute. Il préférait attendre un peu avant de se séparer de toute cette charmante compagnie.


La mer s’était formée. Lorsqu’il débouchèrent de la passe, l’orage gronda. Des creux de un mètre se présentaient contre l’étrave du Guilherme I qui plongeait avant se redresser dans un fracas inquiétant. Gordão effectuait le va-et-vient entre la table à cartes et le gps fixé à côté de la barre. Il maîtrisait ! Il se sentait un peu plus inquiet pour se déplacer et même pour se tenir sans bouger sur ses deux jambes. Iracema et Corintia restaient au fond de leur couchette. Gordão était heureux de ne ressentir aucun mal de mer. Ils devaient longer le Parcel das Paredes et se glisser entre cet immense massif coralien et un chapelet d’autres. “Abre os olhos” jeta Rô en lui faisant un clin d’oeil. Voilà que le capitaine se prenait pour Amerigo Vespucci découvrant les Abrolhos ! Ouvrir les yeux, Gordão ne faisait que cela. Les yeux rivés sur le profondimètre qui remontait doucement. Il indiquait maintenant 5 mètres, chuta à 4 mètres 50. Puis de nouveau, on repassa à plus de 20 mètres et Gordão se sentit mieux. La mer ne s’était pas arrangée. Rô avait filé à l’arrière du bateau. Gordão tenait la barre. Il lui fallait prendre conserver le cap en évitant de prendre la houle par le travers. Mais il avait beau tourner la barre, le gouvernail mettait un temps infini à répondre. Lorsqu’enfin le bateau partait dans la direction souhaitée, c’était pour ne plus pouvoir le stopper. Les vagues tapaient alors avec violence. Gordão s’escrimait tant qu’il pouvait sans parvenir à conserver le cap. Quand Rô revint, le profondimètre recommença à plonger, cette fois jusqu’en dessous de 4 mètres. Rô expliqua qu’il savait où ils étaient, qu’il fallait effectuer une manoeuvre en forme de “N” pour éviter le pinacle formé par  la Mussismilia braziliensis. Le gros champignon, le chapeirão, bien développé, qui pouvait atteindre 30 mètres de haut et un diamètre de 60 mètres. “J’adore ce coin-là !” s’esclaffait Rô. “Marque le avec le gps ! Je reviendrai plonger ici. Tu sais qu’il y a plus d’une vingtaine de carcasses répertoriées par ici ? Il en reste pas mal à trouver...” Gordão lui souriait en s'imaginant comment il allait le dessouder.


Cela prit des heures. Puis, dans le chenal en pleine nuit, il y eut un grand fracas. Lorsque gros Gordão sortit sur le pont, celui-ci était jonché de branches et de feuilles. Le bateau s'était accroché à la mangrove. Rô fit éteindre toutes les lumières, sortit avec une torche pour essayer de comprendre vers où diriger l’embarcation. 


Gordão pointa son flingue, envoya une première dum-dum au jugé. Il fit mouche, enjamba le cadavre et s'occupa des deux silhouettes qui tentaient de fuir. Plus loin, deux douzaines de types cernaient le haut de la favela. Il pointa son Multiple Grenade Launcher dans leur direction, appuya sur la détente et constata que la plupart étaient au tapis. Il avait quand même pris une bastos dans le buffet, le deuxième niveau n’était pas encore à sa portée. Il rangea sa box au fond de son sac, essaya de nouveau de trouver le sommeil dans le bus qui filait vers la cidade maravilhosa. 


Il ramenait le petit bidon bleu bourré de diamants. La réserve secrète du gang. Miulton lui reprocherait de ne pas avoir flingué Rômulo et les deux filles. Mais bon, on ne fait pas toujours ce qui est prévu.


(FIN)


Je transmets le tag à Gaël et Lucia Mel qui aiment bien la navigation.
    

mardi 1 décembre 2009

Aventures en mer (1/2)


Gordão avait déboulé sur le ponton pour embarquer pour sa première leçon de conduite. Pour l'heure, Reginaldo le précédait sur la lancha en lui faisant l'article. 
"46 pieds de long, deux merco de 5000 cv, ça chie le poivre jusqu'à 100 km/heure !
Reginaldo venait de faire le plein, un petit millier de litres, pas grave, c'est le dono qui payait. Miulton. Il avait eu d'abord quelques affaires à Angra-dos-Reis, puis par le biais de prête-noms, un vrai petit conglomérat. Une cimenterie, une boîte de travaux publics, une poignée de restaurants, de boîtes de nuit, plusieurs villas sur l'estrada das Marinas, une agence immobilière, une boulangerie à la française. Miulton avait toujours ses gerentes dans les favelas du Vidigal et du Morro dos Prazeres mais sa place dans l'organisation était désormais ailleurs. Il faisait en sorte de s'occuper Gordão, son grand frère, un garçon tellement désespérant de maladresse qu'il l'avait sorti du Morro dos Prazeres pour éviter qu'il ne provoque une guerre des gangs à lui tout seul. Il lui avait donc proposé de s'occuper de la lancha. Il fallait pour cela être capable de la piloter. Et de la fermer car de là, on était témoin de beaucoup de choses. Miulton savait qu'il pouvait faire confiance à son frère sur ce point. Et il commençait à douter de Reginaldo, un frimeur fasciné par sa collection de string fil dentaire, plus bavard, tu meurs. 


Miulton attendait de Gordão qu'il fasse ses preuves sous la conduite de Reginaldo, ce plaiboi, uniquement motivé par sa collection de string fil dentaire, plus bavard, tu meurs.


La lancha s'éloignait du shopping center Piratãos à petite vitesse. Gordão s'était installé à l'avant, les jambes pendant le long de la coque, heureux de la sensation de fraîcheur qui le gagnait. Reginaldo avait poussé les gaz, ouvrant deux gigantesques tranchées à l'arrière du bateau. La lancha était lancée entre le continent et Ilha Grande sur une mer à peine ridée par le vent. Le son était agréable, un poum-poum feutré et régulier.


Très vite cependant, Gordão se sentit mal à l'aise. Il lui fallait s'agripper avec force au bastingage métallique et ne pas le lâcher. Cela lui réclamait un effort usant et menaçait de lui gâcher le plaisir. Aussi entama-t-il une manoeuvre destinée à regagner le poste de pilotage. Entre temps, la lancha avait fait défiler toute la côte sud d'Ilha Grande et commençait à aborder la haute mer. Gordão était affalé sur les fauteuils de cuir blanc, toujours obligé de se tenir fermement aux ridelles. Il avait un peu froid. On était au mois d'août certes mais des paquets d'embruns l'avaient copieusement mouillé et il n'était vêtu que d'un slip de bain. Le bruit était assourdissant. Tant mieux, ça lui évitait d'avoir à entretenir une quelconque conversation avec Reginaldo. Il aurait bien aimé que l'autre lui donne quelques explications, les compteurs de vitesse, le gps, tout ça quoi. Au lieu de cela, Reginaldo l'ignorait superbement.


La lancha transperçait maintenant les creux d'une mer bien formée. Même si la vitesse était plus réduite, la lancha décollait et retombait dans un fracas épouvantable. Gordão commit l'erreur de se réfugier dans la cabine, sur un grand lit circulaire. Or, il n'y avait absolument rien à quoi s'agripper. Gordão parvint juste à sentir son estomac se retourner. Il regagna l'air libre en se cognant à plusieurs reprises pour finir par retrouver la ridelle à laquelle il se cramponna de nouveau. Il tentait de respirer régulièrement pour échapper à un malaise généralisé et chasser ses frissons.


Reginaldo se retourna au moment où Gordão se résigna à libérer de ses entrailles le copieux petit déjeuner pris à la villa ainsi que les trois croissants à française qu'il avait grignoté entre temps. Pour être exhaustif, il aurait fallu aussi mentionner la barre chocolatée avalée sur le quai qu'il avait fait glisser avec une cannette de bière (d'une marque très connue) et un soda à base de cola (diet) têtés pendant que Reginaldo faisait le plein.


Reginaldo coupa les moteurs, la lancha poursuivant sur son erre jusqu'à une anse paradisiaque où la mer était de nouveau lisse et calme. Il fit glisser du pied une serpillière jusque sur les pieds de Gordão. Ce dernier sentait les larmes couler sur ses joues, la bile lui brûlait la gorge.


Gordão ravala sa tristesse, frotta mollement la banquette et descendit dans la cabine. Il fouilla les placards et finit par trouver ce qu'il cherchait et maniait mieux que la serpillière : un fusil d'assaut HK G3.


Le soleil tapait maintenant fortement ; il n'y avait aucun vent pour chasser l'odeur écoeurante. Gordão monta la volée de marche et envoya une rafale de pruneaux à travers le costume de yachtman blanc de Reginaldo traversant du même coup celui qui le portait si bien.


Gordão se tourna vers le volant, examina tous ces petits compteurs bizarres dont il ignorait la signification et marmonna que c'était dommage, qu'il aurait bien aimé apprendre comment que ça marchait le gps.






(Je dédie le premier épisode de ce récit au Faucon qui m'a tagué vous devinez sur quoi...)
    

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